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Je suis Robin Roland...
... Mais je suis aussi designer d'interfaces numériques, designer Web, rédacteur Web et graphiste !

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L'INFORMATIQUE DÉMAGOGIQUE

Une critique du développement autoritaire des objets numériques

Pour vendre l'informatique matérielle et logicielle au grand public, on l'avait dite « conviviale » et « naturelle », et on continue de la dire « centrée sur l'utilisateur », « accessible », « inclusive » et « intuitive ».

C'est faux, puisque le fonctionnement conceptuel de son interface et de ses interactions ne repose pas sur une approche naturaliste : l'approche naturaliste est techniquement inenvisageable à l'échelle du grand public. Elle repose plutôt sur des ensembles de suppositions sur les fonctionnements et réflexes psycho‑socio‑culturels des humains qui en seront les interacteurs finaux.

Plutôt que d'avouer la nature de cette approche, qui est tout bonnement une approche politique standard, il se produit une fuite en avant... Un procès d'introduction de cette informatique grand public par acceptabilité se met en place au sein d'un emballement économique très intéressé, et teinté de discours techno‑messianiques tous plus délirants les uns que les autres.

On cherche alors à obtenir le consentement des grands publics potentiellement interacteurs par la mise en scène de la personnalisation aux marges d'une expérience d'utilisation. Des modalités d'usage dont on les laisse décider des contours et des détails, par le truchement d'opinion de panels d'échantillons de populations : des échantillons qui d'ailleurs sont rarement statistiquement signifiants, encore moins représentatifs des populations générales.

Le tout s'opère non pas dans une démarche collégiale de négociation permanente, mais par le moyen d'expérimentations dont les biais méthodologiques* ainsi que l'infréquence laissent tous deux songeurs quant à leur fiabilité.

Les fondements théoriques des interfaces et des interactions, ces présupposés de design, ne sont donc presque jamais donnés à évaluer ou questionner aux publics. À ceux‑là, on ne demande de valider que la périphérie des modalités d'interaction entre eux et la machine.

Malgré cette réalité, les discours commerciaux autour de l'adaptation à l'humain : ce dernier d'ailleurs quasiment toujours présupposé « utilisateur » sans même que soit interrogée cette notion instrumentale et fonctionnaliste : se diffusent largement et sont perçus comme légitimes, sans même qu'ils n'aient à produire de véritable démonstration formelle de leur application. Juste car ces principes sont théoriquement élégants et philosophiquement désirables, alors personne ou presque n'interroge l'existence de leur mise en pratique par les concepteurs, les développeurs, les communicants et les constructeurs.

À la fin de cette chaîne économique, les organisations sociales productivistes : les entreprises et les administrations souvent : achètent naïvement et massivement ces équipements pour les imposer ensuite dans leur utilisation à des exécutants qu'ils somment d'être davantage productifs grâce à ces dispositifs inédits. C'est fait sans les aider à prendre en main ces nouveaux outils, justement car ces derniers ont été médiatiquement présentés et commercialisés comme étant « naturels », « intuitifs », « ergonomiques ».

Ainsi, l'objet numérique de la sorte autoritaire et démagogique s'impose d'abord aux plus grands nombres, aux exécutants des sociétés, à ces humains dont le design, la mercatique, et les chefs hiérarchiques ont abstrait les rôles et les potentiels jusqu'au stéréotype et au mépris social sous bien des formes (de classe, d'âge, et parfois même de genre).

Sans adaptation naturaliste réelle, sans pédagogie introductive aucune, et sans transparence des techniques car elles sont dissimulées dans des interactions simplistes qui les rendent insaisissables, l'interface et l'interaction venues « d'en haut » nous malmènent. Elles bousculent toutes les pratiques productives et même les styles de vie hors de ce cadre, elles aliènent par l'uniformisation de ces derniers, et enfin elles achèvent de terrifier le grand public en le maintenant dans l'ignorance technique.

De cet autoritarisme démagogique et de cette souffrance qu'il génère, ce système tire ses profits. Puisque de façon tautologique, il représente inlassablement l'idée de « se centrer sur l'utilisateur » comme toujours la même solution aux mêmes problèmes qu'il produit.

Des problèmes donc, dont il ne reconnaît jamais qu'il a justement la paternité, et une « solution » de toute façon inadaptée qu'il ne peut donc qu'invoquer sans jamais la pratiquer.

* Souvent relatifs à leur caractère de propositions fermées, rarement de discussions ouvertes.